Du 12 au 28 octobre 2011

La France a dépensé 300 millions d’euros (au moins…) pour installer la Charia en Libye.

Quelques jours après que la sauce libyenne a commencé à bien reposer, il m’est permis de tirer quelques leçons de l’opération de l’OTAN contre le régime de Kadhafi.

La mission de l’OTAN, Protecteur unifié, qui a débuté le 31 mars 2011, a rassemblé, durant 7 mois, pas moins de 18 pays, qui pour certains (comme la France) ont mobilisé de nombreux avions et des navires de guerre. Plus de 26 000 sorties aériennes, dont plus de 9 650 avec des objectifs d’attaque, ont été menées par la coalition. Les chiffres de l’OTAN sont les suivants : 6000 cibles détruites, dont 1600 bases militaires, 1300 dépôts de munitions, des centaines de véhicules, de radars ou de lance-roquettes. La France, qui a mobilisé ses avions Rafale ainsi que des hélicoptères Puma et Gazelle, aura dépensé officiellement 300 millions d’euros. Cela tombe bien, c’est le même chiffre, à la devise près (la livre) que les Anglais, lesquels annoncent officiellement avoir dépensé 300 millions de livres (soit 344 millions d’euros).

Heureusement, officiellement, pas de pertes françaises. Officiellement car quid des forces spéciales au sol, mêlées aux combattants ? Mais qui officiellement ne devaient pas y être donc qui officiellement n’avaient pas le « droit de mourir »…

Selon le CNT (Conseil National de Transition, organe de la rébellion libyenne), cette guerre aura fait 30 000 morts. Attardons-nous un moment sur ce chiffre. En supposant seulement que tous ces morts aient été causés par les attaques aériennes, soit 9650 attaques aériennes, cela fait une moyenne d’un peu plus de 3 morts par attaque aérienne. Si tel est le cas, il ne faut même plus parler de frappes chirurgicales, mais de frappes microchirurgicales et d’une guerre qui aurait atteint un niveau de propreté (ou d’inefficacité ?) inégalé. Rien qu’en considérant donc les seules offensives aériennes, le bilan du CNT n’est pas crédible. Mais songez qu’il faut en plus prendre en compte les pertes, sans doute importantes, causées par les combats très violents qui ont opposé, durant des mois, les forces loyalistes et les rebelles, et ceci avec usage intensif d’artillerie lourde, destruction quasi-totale de nombreuses villes (dont la vieille ville de Syrte) et villages. Ces 30 000 morts au total sont donc encore une énorme couleuvre que la guerre de désinformation menée par l’alliance OTAN/islamistes libyens veut nous faire avaler.

La réalité dépasse sans doute les 100 000 morts… et une Libye dévastée. Car la Libye est complètement dévastée.

Deuxième élément : le bilan politique. La mort de Kadhafi et de son fils, à l’évidence tous deux achevés après avoir été dégradés (le Guide de la Révolution libyenne a même été sodomisé à l’aide d’un bâton par la foule vociférant ; il semble toutefois que dans cette affaire il n’ait pas été le seul à l’être, n’est-ce pas messieurs les donneurs de leçon européens ?), outre le fait qu’elle en dit long sur le degré de civilité de nos démocrates libyens installés par l’OTAN, ouvre incontestablement une nouvelle ère politique dans laquelle les deux maîtres mots seront « chaos » et « islamisme ».

Un petit rappel d’abord des communiqués lancés par les membres de la coalition le 23 octobre, à l’annonce de la mort de Kadhafi :

Le ministre des affaires étrangères britannique, William Hague : « La chute de Syrte, la mort de Kadhafi et la déclaration de libération nationale représentent une victoire historique pour le peuple libyen et un moment décisif dans sa lutte pour la liberté ».

Le ministre des affaires étrangères français : « la période de dictature, des violences et des divisions » est « terminée ».

Le lendemain, 24 octobre, après ce moment d’euphorie des « puissances démocratiques », le président du CNT, Moustapha Abdeljalil (le « héraut » démocrate de BHL, celui, qui, en sa qualité de président de la cour d’appel de Tripoli et par deux fois, avait confirmé la peine de mort pour les infirmières bulgares lorsqu’il servait le chef libyen, avec la plus grande servilité faut-il le rappeler), déclarait, dans un discours enflammé, que la charia serait la nouvelle constitution, que la polygamie serait réintroduite, que le divorce voulu par les femmes serait interdit (rappelons que le régime de Kadhafi avait interdit la polygamie et autorisé le divorce pour les femmes). Au printemps dernier, ce brave Abdeljalil, reçu en grandes pompes à l’Elysée, avait sans doute omis de préciser à Sarkozy et BHL qu’il était lui-même polygame et que sa deuxième épouse, ça ne s’invente pas, s’appelait… charia.

Le plus drôle (ou triste, au choix) tient sans doute aux contorsions de nos journalistes, écrasés sous le poids de leurs contradictions, et cocus à une échelle qui dépasse l’entendement, et, qui dans les deux jours suivant cette annonce, tentèrent tous les arguments pour atténuer les effets dévastateurs sur l’opinion publique. J’ai même entendu un journaliste de France Info soutenir que le retour de la polygamie en Libye serait peut-être un bienfait pour toutes ces veuves privées de mari après la guerre. Malheureusement ce n’était pas de l’humour au second degré.

Mais alors, si vraiment il y autant de veuves à la sortie de cette guerre, c’est qu’il y a peut-être beaucoup plus de victimes que l’on ne le dit officiellement ? Ce qui est certain, c’est que le CNT a oublié de comptabiliser les charniers de ses propres assassinats de masse. Pas seulement les 53 corps des pro-Kadhafi exécutés sommairement à Syrte, et qui ont provoqué le début d’une petite polémique sur le comportement du CNT, histoire sans doute de faire avaler à l’opinion publique que les donneurs de leçon de morale resteraient vigilants quant aux agissements du CNT…

Le plus étonnant dans tout cela tient au fait que l’Union européenne, en réaction au discours d’Abdeljalil, a rappelé son souci des Droits de l’Homme et des principes démocratiques, mais en omettant de rappeler aux chefs islamistes du CNT que l’un des préceptes essentiels de la tradition islamique est qu’un musulman soit inhumé dans les 24 heures suivant sa mort.

Or, loin d’être inhumés selon la règle de base de l’islam, les corps de Muammar et de Mouatassim Kadhafi, capturés vivants mais achevés d’une balle dans la tête et la poitrine après avoir été lynchés, ont été exposés au moins 4 jours à la vue de milliers de Libyens. Kadhafi et son fils ont en effet été enterrés dans la nuit du lundi 24 au mardi 25 dans un lieu tenu secret et ceci 5 jours après leur mort !

Kadhafi (comme Saddam Hussein et Oussama Ben Laden) ne devait pas survivre. Sa puissance financière, même prisonnier, lui aurait donné la capacité de révéler ce que tous les donneurs de leçons démocratiques qui s’étaient mis en tête de lui faire la peau ne voulaient surtout pas qu’il révèle : leurs turpitudes, leurs compromissions avec son régime dans les années passées, l’appétit immense qu’ils avaient montré pour son argent et pétrole. Kadhafi avait acheté au moins autant d’hommes politiques et de décideurs économiques européens qu’il avait acheté de chefs de tribus en Libye. Ce secret, Kadhafi devait l’emporter avec lui. Qu’on l’aime (comme le leader d’un peuple qu’il a voulu dressé face aux grandes puissances) ou qu’on ne l’aime pas (sa folie et ses crimes terroristes sont difficilement contestables), il est mort les armes à la main et au combat, sur sa terre. Il n’a pris aucun avion et n’a pas cherché à fuir. Son pays est maintenant livré d’un côté à l’islamisme, de l’autre aux mains étrangères qui s’intéressent à ses richesses pétrolières et gazières. Le parallèle avec l’Irak est frappant.

Au chapitre des contradictions, ajoutons un mot quant à la déclaration de l’Iran, pays qui salue la libération totale de la Libye. Voilà un fait dont l’Occident américain ne se vante pas. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a salué le 25 octobre, dans un message adressé à Moustapha Abdeljalil, chef du CNT, « la victoire du peuple musulman libyen et la libération totale du pays ». Rappelons que l’Iran entretenait de très mauvaises relations avec Kadhafi ; Téhéran avait dénoncé tant la répression de Kadhafi contre une partie de son peuple que l’ingérence occidentale. Un fait important : les Iraniens, qui n’ont pas la mémoire courte, sont attachés à la vérité sur le sort de l’imam Moussa Sadr, un dignitaire chiite libanais, originaire d’Iran et qui a disparu en Libye en 1978. Ils comptent sur la collaboration avec le nouveau régime pour le savoir.

En résumé, le CNT n’a pas seulement Washington comme nouvel ami, il a aussi… l’Iran.

Un bilan en terme de droit international et de respect des grandes conventions peut également être tiré.

Dans ce monde où l’Occident américain transgresse de plus en plus ouvertement, et violemment, les règles élémentaires du droit international comme des conventions de Genève, il nous faut la Russie pour remettre les choses à l’endroit. La Russie a en effet demandé, vendredi 21 octobre, que le Conseil de sécurité mette fin à la zone d’exclusion aérienne de l’OTAN lorsque celle-ci, outrepassant largement son mandat, a pris pour cible le convoi de Mouammar Kadhafi. Ce même jour, à Moscou, Sergueï Lavrov s’interrogeait sur la légalité de la frappe de l’OTAN contre le convoi du Guide libyen. « Nous nous intéressons notamment aux actes de l’OTAN du point de vue de la législation internationale » ; en effet, les frappes aériennes étaient autorisées par le Conseil de Sécurité de l’ONU uniquement pour faire respecter la zone d’exclusion aérienne et protéger les civils. En l’espèce, ce fut un convoi qui n’attaquait personne (il était même en fuite) qui a été visé.

J’ajouterai aux éléments soulevés par la diplomatie russe, un détail intéressant et qui nous montre à quel point le domaine de la guerre de l’information est maîtrisé par les Américains. Dans l’iconographie qui représente l’attaque de l’OTAN, telle que livrée dans la presse américaine, deux véhicules militaires blindés ont été ajoutés au convoi. Or, plusieurs autres photos prises sous un angle qui donne à voir la totalité du convoi montrent que celui-ci n’était composé en fait que de 4×4 civils. L’OTAN, disposant sans doute d’une information selon laquelle Kadhafi était dans ce convoi (venait-elle des services allemands particulièrement bien informés comme le laisse penser les révélations du Spiegel ?) a donc bien pris pour cible un convoi purement civil.

Le dépassement du mandat est en réalité bien plus profond que le bombardement du convoi. Le 26 octobre, le Qatar ne se cachait plus quant à la participation de centaines de soldats de son armée aux opérations militaires au sol, aux côtés des rebelles. Ces militaires qui parlent l’arabe faisaient en fait la jonction entre la planification occidentale et les rebelles exécutants. C’est grâce à cette planification occidentale, puis cet accompagnement qatari, que des rebelles disposant d’aucune formation (sauf les anciens djihadistes libyens d’Irak !) ont pu s’emparer une à une des villes libyennes, jusqu’à la chute de Tripoli en août dernier.

Deuxièmement, les Russes ne se sont pas contentés de rappeler le droit international, ils ont rappelé les conventions de Genève quant au traitement des prisonniers de guerre. Kadhafi était en effet vivant, comme son fils d’ailleurs, quand ils ont été capturés. Le camp de l’OTAN a donc exécuté purement et simplement des prisonniers de guerre.

Jeudi 27, le Premier Ministre russe Vladimir Poutine a critiqué les images « dégoûtantes » de la mort de Kadhafi : « Toute la famille de Kadhafi a été tuée, son cadavre a été montré sur toutes les chaînes internationales. Il est impossible de regarder cela sans être dégoûté. C’est quoi tout ça ? » « Il est tout ensanglanté, blessé, encore vivant, puis achevé (…) et on exhibe  tout ça sur les écrans » « Des millions de gens regardent ces images y compris des enfants, ce ne sont pas des dessins animés ».

S’il avait été cruel il aurait pu ajouter : « Une des caractéristiques typiques des guerres d’ingérence menées par l’Occident, depuis 1990, est d’agir en contradiction avec la morale proclamée. » En réalité cela n’a rien de bien nouveau. Il faut y voir là directement le double héritage de la Terreur révolutionnaire française et de la Terreur nordiste durant la Guerre civile américaine. Deux terreurs aussi jumelles que les tours qui sont tombées ; deux terreurs qui constituent la matrice des guerres d’ingérence modernes. A propos de la Guerre civile américaine, j’en profite pour renvoyer les lecteurs à l’extraordinaire numéro hors série de la NRH consacré à ce sujet.

Quatrième dimension du bilan : la situation sécuritaire en Libye et dans tout le Sahara.

Le lendemain de la mort de Kadhafi, des responsables de l’ONU ont insisté sur le fait qu’une partie conséquente des stocks d’armes du Guide libyen devait être entre les mains des rebelles du Darfour, des membres d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et d’autres guérillas encore. Le représentant spécial de l’ONU pour la Libye, Ian Martin, estime que le régime de Kadhafi a accumulé un stock immense de missiles anti-aériens. L’ONG Human Rights Watch estime que l’OTAN a échoué à sécuriser ces stocks et que des milliers de missiles sol-air (notamment des SA-24 de fabrication russe avec lesquels des groupes mal intentionnés peuvent abattre un avion civil au décollage ou à l’atterrissage) sont dispersés dans le Sahara.

Plusieurs journalistes ont témoigné mercredi 26 octobre qu’un arsenal d’une dizaine de milliers de tonnes de munitions de l’armée libyenne était livré à lui-même, sans surveillance, dans le désert à une centaine de kilomètres de Syrte.

En résumé, le Sahara est sans dessus dessous, et les Américains vont donc pouvoir prétexter de ce nouveau chaos pour accélérer leur coopération sécuritaire avec tous les Etats de la région. C’est ce qu’ils ont fait le 24 octobre en Algérie à propos de leur « préoccupation » quant au trafic d’armes. Le secrétaire d’Etat adjoint américain pour les affaires du Proche-Orient et l’Afrique du Nord, Jeffrey D. Feltman a en effet été reçu par le président Bouteflika pour évoquer ce sujet. 

Bon bilan donc pour les États-Unis : la politique américaine du désordre mondial visant à affaiblir les compétiteurs de la multipolarité (Européens, Russes, Chinois…) s’amplifie. L’islamisme se renforce sur l’autre rive de la Méditerranée. Ce sont les Européens, les Français donc, mais aussi les Italiens, les Espagnols et tous les autres qui vont en subir les conséquences.

Bagdad, Belgrade, Tripoli… Depuis l’effondrement de l’URSS, les Européens ne cessent de se tirer des balles (américaines) dans le pied. Il est temps que la mondialisation américaine s’effondre définitivement, emportée par la folie destructrice de son système financier, afin qu’un nouvel monde multipolaire, fondé sur la souveraineté des Européens et des autres puisse enfin voir le jour.

Entretien accordé au Spectacle du Monde de septembre 2011

Mise en ligne de l’entretien accordé en septembre dernier au Spectacle du Monde, pages 22 à 25. Analyse du 11 septembre et thème du terrorisme international. Cliquez sur l’image pour télécharger le pdf.

Entretien accordé au Spectacle du Monde de septembre 2011

Dal 6 al 8 Ottobre 2011

Sirte resiste tuttora. Il valore della resistenza libica è da sottolineare ed è in netto contrasto con la propaganda della NATO, che ha parlato di un intero popolo contro il loro dittatore. In Afghanistan questa settimana un accordo di importanza strategica si è stretto tra New Delhi e Kabul. Diversi mesi fa, ho scritto per il New Journal of History un articolo sul nuovo Grande Gioco in Afghanistan (che trovate sul www.realpolitik.tv ) in cui ho sottolineato l’importanza dell’alleanza cin antitesi al Pakistan, tra l’Afghanistan e l’India. Non è un caso che il 6 ottobre, i talebani, un prodotto del Pakistan, hanno duramente criticato l’accordo. Il riavvicinamento con l’India, il primo investitore in Afghanistan, molto più avanti della Cina e delle potenze occidentali avviene in un contesto di deterioramento delle relazioni tra Kabul e Islamabad. Nei prossimi anni c’è da attendersi, in un contesto in cui gli Stati Uniti e i loro alleati allentano la presa in Afghanistan, il conflitto tra India e Russia da una parte, impegnati a fare di Kabul un alleato, e Pakistan e Cina con i loro amici talebani dall’altra.

3 ottobre, Vladimir Putin ha firmato sulle Izvestia un articolo di grande interesse « Un nuovo progetto di integrazione per Eurasia: Un futuro in divenire »; nello scritto egli sviluppa la sua visione di integrazione eurasiatica in cui la Russia avrà un ruolo fondamentale. Putin disegna quello che sembra essere il futuro: l’Unione europea (io spero rifondata su basi realistiche, nel più breve tempo possibile; Washington, altrimenti, affermerà finalmente la ragione della propria idea d’Europa), l’Unione euroasiatica con la Russia al centro e la Cina con la propria sfera di influenza. La capacità di questi tre gruppi di costruire un rapporto equilibrato determinerà il futuro del mondo. Questo è esattamente ciò che gli Stati Uniti vogliono evitare attraverso il mantenimento (anche tramite il sostegno al fondamentalismo religioso) delle fratture identitarie del continente eurasiatico.

In settimana Putin dubitava, a ragione, del sostegno dell’Occidente all’ingresso della Russia nell’Organizzazione mondiale del commercio (OMC), e questo nel momento in cui i negoziati languono a partire dal 1993. La ragione ufficiale del rifiuto da parte dell’Unione europea all’ingresso della Russia? Il rifiuto della Georgia all’ingresso di Mosca! Se questo fosse vero, sarebbe patetico, perché vorrebbe dire che la Georgia detiene nelle sue mani il futuro delle relazioni tra l’UE e la Russia; ma non è vero comunque. Se la Russia è l’ultima grande potenza economica a non esserne membro, è solo perché l’integrazione euroatlantica non possa soffrire la concorrenza di un progetto di integrazione che la Russia sostiene legittimamente mantenendo relazioni economiche privilegiate con la sua sfera di influenza naturale (Bielorussia, Caucaso, Asia centrale). Per Washington e i suoi alleati europei infeudati, il crimine della Russia è di non abbandonare la propria periferia geopolitica ed economica.

Il duello Arabia Saudita / Iran continua, anche se non se ne parla molto. All’inizio di questa settimana, il regno saudita ha vissuto violenze nella parte orientale sciita. Per i sauditi, senza dubbio c’era la mano dell’Iran. La guerra si gioca non solo in questo momento in Siria, ma anche in Bahrein, dove l’opposizione sciita continua ad essere pesantemente soffocata. Gli ultimi tumulti sciiti in Arabia Saudita si sono verificati a metà marzo, quando l’esercito saudita è stato coinvolto nella repressione contro gli sciiti in Bahrain.

Ritorno sui veti di Russia e Cina sui tentativi occidentali di interferire nei disordini in Siria. Per i nostri media non ci sono parole abbastanza forti contro Mosca (curiosamente Pechino è risparmiata). Putin è diventato la bestia nera del giornalismo benpensante francese. E ‘necessario far notare a questi professionisti dell’indignazione selettiva che questa è la prima volta che Mosca e Pechino stanno usando il loro veto a sostegno di una causa in Medio Oriente, mentre gli Stati Uniti lo hanno usato più di 50 volte contro il diritto dei palestinesi ad avere una nazione?

Il trattamento dei media della Siria è inoltre simile a quello dell’Iran di Ahmadinejad, della Libia di Gheddafi, della Costa d’Avorio di Gbagbo, dell’Iraq di Saddam Hussein, del Darfur, dell’ex Jugoslavia … manicheo e spesso falso! Fondato sulla base delle statistiche dei gruppi di opposizione (che obiettività!) che parla di 2700 morti nella repressione in Siria. Che dire dei crimini commessi da bande armate che terrorizzano e uccidono a tutt’oggi? Nessun interrogativo sul denaro americano che fluisce in Siria e alimenta i manifestanti? Un tentativo di rivoluzione colorata è chiaramente in corso in Siria, preambolo a ciò che dovrebbe seguire in Iran.

Circa l’ulteriore estensione del controllo statunitense sulla sua periferia, è stato segnalato che la Spagna ha accettato, il 5 ottobre, di partecipare al scudo missilistico NATO. La partecipazione consisterà nell’ospitare una nave americana dotata di intercettori (sistema di combattimento Aegis), presso la base navale statunitense a Rota (Spagna meridionale). La Spagna si aggiunge a Turchia (radar degli Stati Uniti nel sud-est), Polonia e Romania (intercettori tipo SM-3) nella partecipazione al sistema americano.

Intanto che la Spagna e, più in generale, l’Unione, stanno crollando sotto il peso dei propri debiti, con le banche degli Stati Uniti come manovratrici (Jp Morgan e Goldman Sachs in particolare), Washington continua il suo processo di alienazione dell’Europa. E ‘vero, come ha detto questa settimana in un discorso per niente equilibrato sulla politica estera, il probabile futuro candidato repubblicano alla presidenza degli Stati Uniti, Mitt Romney, che « Dio ha creato l’America a dominare il mondo ». È per questo che, probabilmente, non si parla che di fondamentalismo iraniano…

Du 6 au 8 octobre 2011

Syrte tient toujours. La vaillance des résistants loyalistes libyens est à souligner et contraste fortement avec la propagande de l’OTAN laquelle parlait d’un peuple entier dressé contre son dictateur.

En Afghanistan, cette semaine, un accord stratégique d’une importance capitale s’est noué entre New Delhi et Kaboul. Il y a plusieurs mois, je donnais à la Nouvelle Revue d’Histoire un article sur le Nouveau Grand Jeu en Afghanistan (que vous trouvez sur www.realpolitik.tv) dans lequel j’insistais sur l’importance de l’alliance à revers contre le Pakistan entre l’Afghanistan et l’Inde. Ce n’est pas un hasard si, le 6 octobre, les Talibans, fabrication du Pakistan, ont critiqué violemment cet accord. Le rapprochement avec l’Inde, premier investisseur en Afghanistan, loin devant la Chine ou les puissances occidentales, intervient dans un contexte de dégradation des relations entre Kaboul et Islamabad.

Il faut s’attendre, dans les années à venir, dans un contexte où les États-Unis et leurs alliés vont maîtriser de moins en moins la donne en Afghanistan, à l’affrontement entre d’une part l’Inde et la Russie, tentant de faire de Kaboul un allié, d’autre part le Pakistan et la Chine, et leurs amis talibans.

Le 3 octobre, Vladimir Poutine a signé dans Izvestia un article d’un grand intérêt « A new integration project for Eurasia : A future in the making » ; il développe sa vision d’une intégration eurasiatique dans laquelle la Russie jouera un rôle pivot. Poutine dessine ce qui semble être l’avenir, l’Union européenne (je l’espère refondée sur des bases réalistes, le plus rapidement possible, sinon Washington aura définitivement raison de l’idée européenne), l’Union eurasiatique avec la Russie au centre, et la Chine avec sa propre sphère d’influence. La capacité de ces trois ensembles à construire des relations équilibrées sera déterminante pour l’avenir du monde. C’est précisément ce que les Etats-Unis veulent empêcher en entretenant (en appuyant notamment le fondamentalisme religieux) les fractures identitaires sur le continent eurasiatique.

Cette semaine Poutine doutait, à juste titre, du soutien de l’Occident à l’entrée de la Russie dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et ce alors que les négociations sont engagées depuis 1993. Le motif officiel du refus par l’Union européenne de la Russie ? Le refus de la Géorgie de laisser Moscou entrer ! Si c’était vrai ce serait pathétique car cela voudrait dire que la Géorgie tient entre ses mains l’avenir des relations entre l’Union européenne et la Russie, mais ce n’est de toute façon pas vrai. Si la Russie est bien la dernière grande puissance économique à ne pas être membre, c’est tout simplement que l’intégration transatlantique ne souffre pas la concurrence du projet intégrateur d’une Russie souhaitant légitimement pouvoir entretenir des relations économiques privilégiées avec sa sphère d’influence naturelle (Belarus, Caucase, Asie centrale). Pour Washington et ses alliés européens inféodés, le crime de la Russie c’est de ne pas lâcher sa périphérie géopolitique et économique.

Le duel Arabie Saoudite/Iran continue, bien que l’on n’en parle pas beaucoup. En début de semaine, le royaume saoudien a connu des violences dans l’Est chiite. Pour les Saoudiens, aucun doute : l’Iran est derrière. La guerre se joue non seulement en ce moment en Syrie, mais aussi à Bahreïn où l’opposition chiite continue d’être sérieusement muselée.

Les derniers troubles chiites en Arabie Saoudite s’étaient produits mi-mars lorsque l’armée saoudienne avait participé à la répression contre les chiites de Bahreïn.

Retour sur les vetos chinois et russe à propos de la tentative d’ingérence occidentale dans les troubles en Syrie. Nos médias n’ont pas de mots assez durs contre Moscou (curieusement Pékin est bien plus épargné). Poutine est devenu la bête noire de la bien-pensance journalistique française. Faut-il faire remarquer à ces professionnels de l’indignation sélective qu’il s’agit de la première fois que Moscou et Pékin usent de leur droit de veto pour soutenir une cause moyen-orientale, alors que les États-Unis l’ont utilisé eux plus de 50 fois contre le droit des Palestiniens à disposer d’une nation ?

Le traitement médiatique de la Syrie est d’ailleurs semblable à celui de l’Iran d’Ahmadinejad, de la Libye de Khadafi, de la Côte-d’Ivoire de Gbagbo, de l’Irak de Saddam Hussein, du Darfour, de l’ex-Yougoslavie… Manichéen et souvent mensonger ! On se base sur des statistiques de groupes d’opposition (quelle objectivité !) qui parlent de 2700 morts dans les répressions en Syrie. Quid des crimes commis par les bandes armées qui terrorisent et assassinent en ce moment ? Et qui s’interroge sur l’argent américain qui est entré en Syrie et alimente les manifestants ? Une tentative de révolution colorée est évidemment en cours en Syrie, préambule à celle qui doit suivre en Iran.

A propos encore de l’extension du contrôle américain sur ses périphéries, on apprenait le 5 octobre que l’Espagne avait donné son accord pour participer au bouclier antimissile de l’OTAN. La participation se fera sous la forme de l’accueil d’un navire américain équipé d’intercepteurs (système de combat Aegis), à la base navale américaine de Rota (dans le sud de l’Espagne). L’Espagne rejoint donc la Turquie (radar américain dans le sud-est), la Pologne et la Roumanie (intercepteurs de type SM-3) dans la participation à ce dispositif américain.

Pendant que l’Espagne, et plus globalement, l’Union, s’effondre sous le poids de sa propre dette, avec les banques américaines à la manœuvre (JP. Morgan et Goldman Sachs notamment), Washington poursuit son processus d’aliénation de l’Europe.

Il est vrai, comme l’a déclaré cette semaine dans un fracassant discours de politique étrangère, le probable futur candidat républicain à la présidence américaine, Mitt Romney, que « Dieu a créé l’Amérique pour dominer le monde ». C’est sans doute pour cela que l’on ne nous parle que de fondamentalisme iranien…

Du 29 septembre au 4 octobre

Notre ami Xavier Moreau l’a rappelé fortement et je ne m’étendrai donc pas sur cette nouvelle d’une importance immense pour la consolidation du monde multipolaire : l’entente Poutine-Medvedev pour la candidature de Vladimir Poutine à la présidentielle russe de 2012. La joie de ceux qui aspirent à un monde équilibré peut être à la hauteur du dépit de l’intelligentsia bien-pensante d’Europe de l’Ouest, laquelle confondait ses espérances de fracture entre Dimitri et Vladimir avec la réalité. Realpolitik l’avait affirmé avec constance et depuis toujours, envers et contre tous ; surtout contre des experts français souvent plus américanophiles que russologues.

J’ajouterai à cette actualité russe l’annonce que vient de faire Gazprom de la mise en service le 8 novembre du gazoduc Nord Stream (1224 km) qui approvisionnera directement l’Europe occidentale en passant par la mer Baltique. 55 milliards de m3 de gaz seront acheminés chaque année de Vyborg jusqu’à Greifswald (Allemagne) en passant par les eaux territoriales de la Russie, de la Finlande, de la Suède et du Danemark. L’Allemagne et la Russie rapprochent un peu plus leurs intérêts, et c’est une bonne nouvelle pour l’indépendance future de l’Europe.

Le 7 octobre, l’occupation de l’Afghanistan par les Occidentaux « fêtera » (si l’on peut dire) son dixième anniversaire. Triste anniversaire d’une guerre sans perspective dans laquelle les pays européens auront perdu 750 hommes au profit des intérêts américains. Bien sûr, un soldat français meurt toujours pour la France ; et il ne meurt jamais pour rien ; mais il n’en reste pas moins que cette guerre d’ingérence démocratique verra ses efforts balayés le lendemain même du départ des troupes occidentales. Selon une étude de l’Université américaine Brown, la guerre a fait 33 877 morts, civils, insurgés, soldats afghans et étrangers.

Sans doute nous poserons-nous bientôt les mêmes questions (bien avant 10 ans en tout cas) en Libye. On apprend déjà en effet, en ce début du mois d’octobre, que selon l’OTAN la trace d’au moins 10 000 missiles sol-air a été perdue en Libye. Dixit l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, l’amiral Giampaolo Di Paola qui préside le Comité militaire regroupant les chefs d’état-major des pays de l’OTAN ne cache pas son immense inquiétude pour l’aviation civile. Il s’agit là en effet d’une nouvelle bien inquiétante pour les aéroports des pays du Maghreb et de la frange sahélienne, et peut-être même bien au-delà, compte tenu du nombre énorme de missiles disséminés dans la nature. Le général Mohamed Adia du Conseil National de Transition libyen estime lui qu’il manque 5000 missiles SAM-7. J’avais écrit, dès le début de la guerre, que l’une des grandes catastrophes pour toute la zone sahélienne était le pillage des dépôts d’armes de l’armée nationale libyenne par les rebelles. Eh bien nous y sommes hélas ! L’insécurité va exploser dans la zone, ce qui fournira un beau prétexte (la lutte contre le terrorisme toujours) aux Etats-Unis pour tenter de contrôler toute l’Afrique du Nord. D’ailleurs si l’OTAN prend la peine de communiquer sur cette information, au risque de se voir rétorquer qu’elle l’a bien cherché, c’est qu’elle en est déjà au coup d’après : le renforcement de son emprise dans toute l’Afrique du Nord.

A propos de la querelle Chine-États-Unis, je renvoie le lecteur à mon intervention sur France culture le 28 septembre dernier en ajoutant que le 3 octobre la Chine a clairement averti Washington que si le projet de loi américain visant à pénaliser les exportations chinoises était voté alors une guerre commerciale serait ouverte entre les deux pays. Précisons que ledit projet de loi concerne le Sénat et pas encore la Chambre des représentants. Mais la brouille autour du yuan sous-évalué se renforce. Et ce n’est que le début. Et dire que certains croyait au G-2 cette entente sino-américaine pour diriger le monde…

États-Unis / Chine. L’axe Washington-Pékin structure-t-il les relations internationales ? (podcast)

Les Enjeux Internationaux sur France Culture, le 28/09/2011, avec Thierry Garcin et Éric Laurent.

On l’a bien vu depuis le début de la crise économique mondiale, les deux puissances sont interdépendantes : Pékin a besoin d’exporter vers les États-Unis, Washington a besoin de l’argent chinois pour financer ses bons du Trésor et ses fonds de pension.

Mais les litiges ou divergences entre les deux portent sur des dossiers importants : gestion de la crise (dette américaine), non ou faible réévaluation du yuan, droits de l’homme, Tibet, Iran, remilitarisation, ventes d’armes à Taïwan, questions de sécurité, etc.

Compte tenu d’un monde en voie de multipolarisation économique (multipolarisation très différenciée, d’ailleurs), l’axe Washington-Pékin est-il pertinent et relativement structurant dans l’ordre des relations internationales ? Ou s’agit-il d’abord d’une alliance à fronts renversés ?

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